Back to All Events

Warren MONTAG : « Mens, quae imperium in corpus habet : L’idée de ‘commander au corps’ en Éthique, Partie III, Proposition 2, Scolie. »

"Au centre du Scolie peut-être le plus célèbre de l’Éthique, Spinoza soutient que « quand les hommes disent que telle ou telle action du corps naît « de l’esprit, qui a un empire [exerce un commandement] sur le corps » (men<s>, quae imperium in corpus habet), ils ne savent ce qu’ils disent, et ne font qu’avouer en termes spécieux qu’ils ignorent sans l’admirer la vraie cause de cette action ». Les interprètes de ce passage se sont centrés sur le rôle de l’imagination, en attribuant une causalité éminente à l’esprit sur le corps, et en supprimant ainsi les implications dérangeantes de la thèse selon laquelle les corps pourraient être déterminés par d’autres corps uniquement. Un examen attentif du latin de Spinoza révèle cependant l’importance de la notion de « commandement » (imperium) dans l’image que nous nous faisons de la relation entre esprit et corps, comme si le dualisme qu’il conteste posait comme condition de la liberté un imperare sibi (« commander à soi-même ») entraînant l’assujettissement de notre propre corps. Spinoza renverse la maxime de Sénèque imperare sibi maximum imperium est (« commander à soi-même est la plus haute forme de commandement »), qui mettait le commandement de soi au-dessus du commandement d’autrui. Il soutient au contraire qu’être commandé ou assujetti nous fait entrer dans le « rêve » que notre liberté consisterait dans la capacité à commander à nos corps, comme si nous ne pouvions faire l’expérience de nous-même qu’à travers les divisions hiérarchiques imposées par les termes juridiques de « décret » (decretum) et de « commandement (imperium)." WM

Warren MONTAG est « Brown Family Professor » de littérature à l’Occidental College de Los Angeles. Il a récemment publié The Other Adam Smith (Stanford UP 2014), et est également l’auteur de Of Bodies, Masses, Power : Spinoza and his Contemporaries (Verso, 1999), and co-éditeur de The New Spinoza (U of Minnesota Press, 1996).