May
18
7:00 pm19:00

Alain BADIOU : « Pour une interprétation nouvelle de la notion d'attribut de l'absolu »

"On sait que l’infini est une catégorie fondamentale de l’ontologie de Spinoza. En un certain sens, Spinoza soutient que tout ce qui existe « vraiment », ou « en vérité » – la préposition « en » étant à prendre en son sens topologique –, est infini.

À partir de quoi, l’élaboration du concept d’infini dispose trois strates :

– L’unique Substance, ou Nature, ou Dieu, qui est « absolument » infinie.

– Les attributs de la Substance, qui sont reliés de trois façons au concept de l’infini : d’abord, il y a une infinité d’attributs de la substance ; ensuite, chaque attribut « exprime » l’infinité de la Substance ; enfin chaque attribut est infini.

– Il existe des « choses » qui, quoique singulières, et dont l’être est donc limité en son genre, sont néanmoins infinies : ce sont des modes infinis de la Substance, qui sont par ailleurs en quelque sorte inclus dans un attribut déterminé. Ainsi, la « figure » (facies) de tout l’univers est un mode infini de l’attribut étendue.

Le but de mon intervention est d’y voir clair dans cette stratification de l’infini, et de lier cette clarification à ma propre théorie, encore inédite, des attributs de l’Absolu. L’Absolu étant pour moi le lieu de pensée de toutes les formes possibles du multiple." AB.

Alain BADIOU, philosophe, romancier, dramaturge et militant politique, a participé à la création du Centre Universitaire Expérimental de Vincennes (1968-69). Il a enseigné au département de philosophie de Paris 8 jusqu’en 1999, puis à l’École Normale Supérieure. Il développe actuellement un système inauguré en 1988 par L’Être et l’événement (Paris, Seuil), et poursuivi en 2006 par Logique des mondes. L’Être et l’événement 2 (Paris, Seuil). L’ensemble de son œuvre est l’objet de nombreuses traductions dans le monde entier.

Apr
27
6:00 pm18:00

Kim Sang ONG VAN CUNG : « L'unité du collectif chez Spinoza et Sartre »



"Ce qui, à première vue, fait difficulté dans une comparaison de l’ontologie politique de Sartre et de Spinoza, c’est qu’elle se heurte à l’objection suivante : Sartre aurait utilisé un mode de pensée dialectique, or on ne trouve pas de dialectique ni de pouvoir du négatif chez Spinoza. Mais c’est depuis l’importance contemporaine de Marx qu’il convient derelire ensemble Sartre et Spinoza, et de ce point de vue l’objection est peut-être moins massive. Il y aurait un autre usage contemporain de Spinoza. Spinoza peut en effet éclairer deux points principaux de la Critique de la raison dialectique : (1) il n’y a de l’être que social mais cet être social est néanmoins frappé d’une impuissance irréductible ; ou encore, si l’individu est social, néanmoins les relations sociales sont subies ; (2) le collectif est un fait historique et il n’y a aucune raison de chercher à le déduire. Il s’agit de penser l’action commune du groupe chez Sartre, en tant qu’elle se fait jour à partir de l’aliénation ou du pratico-inerte et du collectif comme sérialité ; ou si l’on veut, il s’agit, de penser le pouvoir constituant du social à partir de la multitude : les affects de peur, de sérialité ou d’imitation et d’indignation y paraissent centraux. Je souhaite revenir sur cette comparaison et sur certains enjeux classiques depuis l’investissement, par Alexandre Matheron, de la question de l’indignation dans la politique de Spinoza, parce que je ne suis pas au clair sur ce qui fait l’unité du collectif quand on refuse à la fiction juridique du contrat social et du corps politique. Mais est-ce vraiment ce que l’un et l’autre ont avancé ? Je voudrais tenter de faire une place au rapport de l’histoire et de la fiction et poser de ce point de vue la question de l’unité du collectif chez ces deux auteurs." KS OVC.

Kim Sang Ong-Van-Cung est Professeure à l’Université Bordeaux Montaigne et membre de l’équipe de recherches SPH. Elle a récemment publié L’Objet de nos pensées. Descartes et l’intentionnalité (Vrin, 2012) et une édition desSix Discours sur la distinction et l’union du corps et de l’âme de Gérauld de Cordemoy (Vrin, 2016). Elle a aussi publié des études sur Spinoza, et récemment dans le volume Spinoza-Deleuze : lectures croisées (ENS Éditions, 2016). Son travail porte actuellement sur la critique du sujet moderne et les relectures contemporaines du cogitodans la philosophie française contemporaine et le réinvestissement de ces questions dans le domaine pratique.

Mar
16
6:00 pm18:00

Henri LAUX : « Spinoza peut-il intéresser la théologie aujourd'hui ? »

"L’œuvre de Spinoza en son temps rencontre la théologie : soit de manière directe dans le Traité théologico-politique (et la correspondance) à travers une discussion qui travaille à fonder les conditions de la liberté de penser ; soit dans l’Éthique, par exemple, pour définir une conception de Dieu qui, relevant de la stricte démarche philosophique, développe une voie radicalement étrangère à une orthodoxie religieuse. La question semble donc paradoxale : Spinoza peut-il intéresser la théologie, avec laquelle il discute, et les théologiens qu’il ne cesse de critiquer ? Cette question concerne certainement la réception de Spinoza ; mais, plus encore, elle permet de s’interroger sur la puissance de signification et de renouvellement de sa pensée, sur ses effets dans un champ du savoir, celui qu’elle semblait mettre le plus en difficulté. À travers une telle réflexion, c’est bien la singularité de la philosophie de Spinoza qui est en jeu." HL.

Henri LAUX est Professeur de philosophie au Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris, Membre du Groupe de Recherches Spinozistes, Membre du comité de rédaction des Archives de philosophie, et Co-responsable du Bulletin de Bibliographie Spinoziste. Il a notamment publié Imagination et religion chez Spinoza –La potentia dans l’histoire (Paris, Vrin, 1993) ; Le Dieu excentré –Essai sur l’affirmation de Dieu (Paris, Beauchesne, 2001) ; Dieu au XVIIe siècle (dir., avec Dominique Salin, Paris, Editions Facultés Jésuites de Paris, 2002) ; et l’édition du traité de Jean-Joseph Surin Questions sur l’amour de Dieu (Paris, Desclée de Brouwer, 2008).

Feb
16
6:00 pm18:00

Julie HENRY : « Une approche spinoziste des pratiques de soins au quotidien »

"Spinoza peut être considéré à plusieurs égards comme un philosophe des pratiques ordinaires de la vie : par son attention aux affects, aux représentations, aux habitudes pratiques et par les pistes qu’il nous donne pour les faire varier dans le temps, il nous offre des voies précieuses pour proposer une autre éthique en santé, une éthique des pratiques de soins au quotidien que seraient invités à co-construire les soignants eux-mêmes. C’est probablement la raison pour laquelle l’éthique anthropologique de Spinoza peut être si parlante pour penser les relations de soins : elle permet de montrer aux soignants ce sur quoi ils peuvent être d’un certain effet, à savoir être plus présents à ce qu’ils font parce qu’ils s’y sentent autorisés et parce qu’on leur donne les moyens de le travailler en amont, en dehors du temps de l’action aux effets immédiats. En retour, réinvestir la pensée spinoziste dans des situations particulières – et condensées – de vie (le côtoiement de la maladie, de la mort, des espoirs et des grandes désillusions en santé) permet d’y revenir autrement, d’y déceler des enseignements de vie qui excèdent ces situations particulières et qui sont encore si prégnants aujourd’hui." JH.

Julie HENRY est chercheur-assistante en éthique et philosophie au Centre de lutte contre le cancer Léon Bérard (Lyon), directrice du programme « Anthropologie spinoziste et éthique en santé » au Collège international de Philosophie et responsable du master « Approche plurielle de la santé » à l’ENS de Lyon. Elle a publié en 2015 Spinoza, une anthropologie éthique - Variations affectives et historicité de l'existence (Paris : Classiques Garnier).

Attention : la séance aura lieu en Salle J003.

Dec
15
6:00 pm18:00

Michel JUFFÉ : « Qu’est-ce que l’éthique ? » (Spinoza, Freud, etc.)

"La question de l’éthique traverse l’histoire de la philosophie et se pose aussi pour les juristes (cf. Christian Huglo : « l’éthique recommande, la morale commande, le droit contraint »), les anthropologues et les psychologues. Elle prend diverses allures selon que : 1) on est moniste ou dualiste ; 2) on admet ou non une transcendance (Dieu personnel, Humanité comme intelligence supérieure) ; 3) on la voit comme autorité (conseil) ou pouvoir (obligation). La position de Spinoza est « simple » : monisme, immanence, autorité (lumière naturelle). Elle implique que l’éthique n’est pas une série d’enchaînements logiques (psycho- ou phénoméno- ou onto-) mais une « élévation » ou augmentation de la puissance d’agir, obtenue par un passage du 1er au 3e genre de connaissance, lequel n’aboutit jamais à une position arrêtée ou en surplomb mais demande un effort continuel (persévérance). Comme, pour lui, n’existent que des corps affectants et affectés, cette connaissance est inséparablement amour de soi, des autres humains et des autres « choses » de la Nature. Son Ethique est un guide sur ce chemin et non une série de prescriptions (à moins qu’on tienne pour telle sa définition de la force d’âme : fermeté et générosité ; ou son digest de la Bible comme justice et charité). Nietzsche ajoutera (ou déformera, selon les points de vue) que la manière de « marcher » dépend de la complexion du corps ou des tempéraments. En ce sens il anticipe peut-être, au moins indirectement, le mouvement freudien, pour lequel la « libération » de l’âme (éthique) vient de la compréhension profonde (levée du refoulement, intelligence du transfert, réduction des clivages, etc.) des diverses « maladies » de l’âme que sont névroses, psychoses et perversions. Pour Freud, le sujet (le Moi) doit parvenir à « maîtriser » ses pulsions, les éduquer, de telle sorte qu’il agisse pour le bien de soi et d’autrui (sans qu’il y affecte des contenus particuliers). Néanmoins, d’un point de vue spinoziste, deux questions se posent : 1) Quel est cet inconscient qui serait une « autre réalité » (autre scène, etc.) ? 2) Que veut dire « pulsion de mort » ? Ces deux questions indiquent que la « libération » freudienne (qu’on peut aussi nommer « maturité sexuelle ») est foncièrement entravée (voire « empêchée », selon le terme de Paul Ricoeur), et connaît de sévères limites : personne ne peut y parvenir entièrement. Alors que pour Spinoza, la liberté du corps/esprit est difficile mais accessible à tous. Ceci peut déboucher sur une réflexion contemporaine étayée par l’association (on n’ose dire la synthèse) entre la théorie spinozienne et la pratique freudienne." MJ

Michel Juffé, philosophe, docteur d’État ès-lettres, a enseigné dans diverses universités (dont Paris 8-Vincennes et Marne-la-Vallée) et grandes écoles (ENPC, CNAM). Il écrit en particulier sur les relations entre psychanalyse et philosophie : Les fondements du lien social (PUF, 1995), La tragédie en héritage (ESHEL, 1999), Expériences de la perte (Cerisy, PUF, 2005), et une Correspondance,1676-1938, entre Freud et Spinoza (Gallimard, mars 2016). A paraître : Café-Spinoza (Le bord de l’eau, 2017)

Nov
24
6:00 pm18:00

Bernard PAUTRAT : « Sur la Préface des Opera Posthuma »

"En 1677, quelques mois après la mort de Spinoza, ses amis intimes firent paraître ses Opera posthuma, dont l'Éthique. Le volume s'ouvrait sur une Préface ayant pour auteur (en néerlandais) Jarig Jelles et pour traducteur (en latin) Louis Meyer. Cette préface n'ayant jamais été traduite en français, je me propose d'en faire connaître le contenu, en insistant sur ce qui est l'intention explicite des préfaciers : montrer que la doctrine de l'Éthique est entièrement conforme aux " dogmes moraux de la religion chrétienne ", et qu'il existe une voie " purement intellectuelle " pour parvenir au salut." BP

Bernard Pautrat a traduit l'Éthique, le Traité de l'Amendement de l'Intellect et le Traité Politique de Spinoza. Il a animé pendant une vingtaine d'années à l'École normale supérieure un séminaire consacré à la lecture suivie de l'Éthique.